Thor : Ragnarok

Crise d’épilepsie

Réalisé par Taika Waititi
Avec Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Cate Blanchett, Tessa Thompson, Mark Ruffalo…
USA – Action, Science-fiction
Sortie en salle : 25 octobre 2017
Durée : 2h 11min 

Kezako ?

Privé de son puissant marteau, Thor est retenu prisonnier sur une lointaine planète aux confins de l’univers. Pour sauver Asgard, il va devoir lutter contre le temps afin d’empêcher l’impitoyable Hela d’accomplir le Ragnarök – la destruction de son monde et la fin de la civilisation asgardienne. Mais pour y parvenir, il va d’abord devoir mener un combat titanesque de gladiateurs contre celui qui était autrefois son allié au sein des Avengers : l’incroyable Hulk…

La critique d’Eugénie   –   2/5

S’il est une chose que l’univers cinématographique de DC a pour lui, c’est bien que ses productions laissent rarement indifférent, en bien ou en mal. Chaque fan peut débattre indéfiniment de ses films préférés, arguments à l’appui, comme les défenseurs forcenés de « Batman V Superman » (oui il y en a) ou encore le duel d’intérêt supérieur « Burton VS Nolan » (Marcelin et moi-même n’étant pas du même avis – GO TEAM NOLAN).
Les épisodes du MCU sont rarement aussi clivants, la firme ayant su dupliquer au fil des années une recette assez efficace d’humour et d’action avec une qualité toujours très honorable à défaut d’être systématiquement mémorable.

Pourtant face à l’accueil médiatique largement positif de ce dernier opus, je risque de dénoter… J’ai détesté !
Est-ce à cause de son humour balourd et répétitif ? Par son choix graphique plus proche des Gardiens que de son propre univers ? Lié au jeu caricatural des acteurs ? À cause de l’absence d’émotion ou de son montage inégal ? Ma foi je ne sais guère plus…

Pourtant le choix d’un parti pris esthétique affirmé est souvent une bonne chose. C’est une stratégie d’image et de création tout à fait légitime de sacrifier le consensus de l’informe au profit de l’authentique et de laisser le public juger quitte à le diviser… Sauf quand la vision en question se fait au détriment, que dis-je, en méprisant, en piétinant, en broyant tout le matériel préalablement installé. L’histoire, les personnages, l’univers… tout y passe, alors franchement « y a plus de respect » !

Et comme on s’en cogne royal du respect, moi aussi je m’en balek ! Pourquoi se casser le cul à faire une critique décemment rédigée quand le film t’a sodomisé en tant que fan (non consentie la sodomie s’entend) ?

Box-office-France-Thor-Ragnarok-indetronable.jpgAllez, un peu de conscience professionnelle par Hela…

Ce troisième et dernier opus solo fait suite aux événements de « Civil War ». Nous pensions retrouver notre bodybuilder préféré à la recherche des fameuses pierres d’infinité. Que néni ! Le voilà déblatérant tout seul dans un cachot démoniaque sur le fait d’empêcher le Ragnarok (fin du monde de la mythologie nordique). Subtile l’exposition !
Exit la quête, exit Natalie Portman également ! Une rupture ? Pourquoi, comment ? Non ? Ok on s’en fout, va te faire voir chez les Jötuns ! On y retourne. Ou pas… Parce que honnêtement, dur de retrouver ses repères quand le personnage principal n’a plus rien à voir avec… bah lui-même. À la place, voici le fils bâtard de Deadpool et de Star Lord et moi j’ai envie de me pendre !

Alors, certes, Chris Hemsworth s’amuse beaucoup dans ce nouveau rôle et dévoile un vrai potentiel d’acteur comique mais par Odin que c’est dur de s’investir dans l’histoire quand même le protagoniste prend tout à la légère.
Les gags visuels s’enchainent et s’attendent, les blagues se suivent, se ressemblent et se répètent parce que « Hey t’as compris hein ? T’as compris ? Faut ri-go-ler là ! C’est drôôôôôôle » ! Certes, le spectateur marvélien est un peu limité (ce n’est pas moi qui le dit, c’est le film), il faut savoir se montrer pédagogue donc n’oubliez pas le clin d’œil si vous faites un prout avec l’aisselle ! J’exagère à peine. Vous ne me croyez pas ? Et bien parlons de ce trou de verre nommé « l’anus de Satan » et du florilège de répliques délicieusement subtiles qui en découle : « Nous arrivons à proximité de l’anus », « ouvrez-moi un passage vers l’anus », « voilà l’anus » – soupir
Où est passé l’ironie d’Iron Man, les références culturelles de Captain America, l’humour des Avengers ? Partis se faire mettre sur Xandar surement !

7790673342_thor-et-brunce-banner-dans-thor-ragnarok.jpgLe massacre ne s’arrête malheureusement pas là. Mark Ruffalo pourtant meilleur interprétation du géant vert devient un enfant capricieux et bavard sur le modèle « Moi Tarzan. Toi Jane. Tarzan veut Jane ». Qu’il est loin le temps du « piètre Dieu »… Quant à Bruce Banner, il est réduit au mauvais cliché du scientifique trouillard.
Seul Tom Hiddleston sauve les meubles bien que son personnage porte lui aussi les stigmates de cette réécriture bourrine.

Tant qu’on y est, autant faire table raz du passé. Allez, les trois guerriers ça dégage (en même tant les premiers films ne savaient pas trop qu’en faire non plus) et remplaçons-les par des seconds rôles amusants mais dispensables.
Puis créons une doublure de Sif… bah d’ailleurs où est-elle passée ? Peut-être en vacances sur Ego, on ne sait pas. À la place voici Valkyrie… ah c’est bête, on était à deux doigts d’une belle backstory pour un personnage LGBT. Encore loupé, va voir sur Midgard si j’y suis !
En parlant de ça, Odin s’y trouve. Attention, bonjour tristesse, le grand Antonio Hopkins joue les touristes et Jeff Goldblum fait du Jeff Goldblum, rien de nouveau sous l’anus de Satan quoi !
Seuls Cate Blanchett et Idris Elba semblent croire à leurs rôles et amènent un peu de charisme dans ce bazar. Dommage qu’Hela, la belle et terrible déesse de la mort n’est pas droit à plus de matière qu’à un lien familial inventé, inutile et incohérent. Enfin pour ce qui est de la cohérence on est plus à un parsec près…

Côté technique, les effets spéciaux tiennent la route hormis un Hulk qui ressemble à un (gros) bonhomme en mousse et à un maquillage (d’une blessure) plus mauvais qu’un déguisement d’Halloween. Si l’esthétisme global est très travaillé, on ne peut pas en dire autant du montage étonnamment simpliste et de la bande originale qui cherche en vain à reproduire la hype des « Gardiens de la Galaxie » et de « Stranger Things ».

ThorRagnarok_ES_MovieStill2.jpgJe signe ici une critique volontairement très subjective, tout simplement parce que j’accorde de l’importance au script. Fanatique issue de la littérature, ce sont les grandes sagas papiers qui m’ont donné le goût et l’exigence de l’Histoire. Marvel a su créer de nombreux ponts entre ses épisodes, j’en attends aujourd’hui plus qu’une simple succession d’images, j’attends du sens, de la continuité et de la crédibilité même si l’on parle de divinités vikings extraterrestres… Je veux croire à ce que je vois !

Mais à trop jouer l’autodérision, Taika Waititi nous détache complètement de son aventure. Il prive son film de toute ambition dramatique, l’action de tout souffle épique, l’intrigue de toute envolée émotionnelle. On parle d’apocalypse pour l’amour d’Asgard !
Car « Thor : Ragnarok » est en substance le long-métrage le plus sombre du MCU (à date). Castration symbolique, blessures, destructions, décès, sacrifices… Le potentiel tragique est énorme et le film passe à côté, nous privant même d’une fin douce-amère qui, racontée différemment, aurait pu créer une vraie émotion.

Le problème c’est que Taika Waititi cherche à déconstruire la figure héroïque sans rien y apporter en retour. Il se moque allègrement de la franchise, donnant lieu à une scène de théâtre très drôle, mais ne sert au final qu’à masquer son manque de vision sur la nature du héros et de l’homme qui se cache derrière. Il en ressort un sentiment de facilité, d’un réalisateur qui s’est contenté d’accommoder l’histoire pour la faire rimer avec sa non-vision, au lieu d’amener l’existant dans son univers pour y faire évoluer les personnages (d’avoir un vrai travail d’écriture en fait).
Forcé, maladroit, énervant, Thor 3 est la cristallisation d’une démarche putassière visant à séduire le plus grand nombre (money, money) en prenant le spectateur attentif pour un con.

___

Au demeurant, cet exercice n’est pas nouveau. « Iron Man 3 » jouait aussi la carte de déconstruction mais avec plus de finesse… D’ailleurs en y pensant, leurs scénarios ne sont-ils pas un peu les mêmes ? Attention spoilers :
– Maison détruite dans une grosse explosion
– Bataille finale et conclusion nécessitant des sacrifices
– Prise de conscience sur la nature de son pourvoir et du héros qu’il veut être
– Problème de marteau ou problème de costume c’est kif-kif
– Captivité temporaire
– Le héros n’est pas celui qui vainc le méchant
– Autodérision dans les moments d’héroïsme

SHAME ON YOU MARVEL !

 

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