Annette

Boy meets girls

Kezako ?

Los Angeles, de nos jours. Henry est un comédien de stand-up à l’humour féroce. Ann, une cantatrice de renommée internationale. Ensemble, sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.

La critique d’Eugénie – 9/10

En compétition au Festival de Cannes, le dernier Leos Carax est l’une des propositions les plus originales de l’année. Originale mais clairement pas accessible au plus grand nombre. Un minimum de connaissance de l’œuvre du réalisateur peut être un prérequis utile aux spectateurs, ou tout du moins, savoir qu’il ne s’agit pas d’une comédie musicale classique.

Car Annette est une expérience incroyablement bien aboutie dans ses réflexions qui marient parfaitement la forme, autant visuelle que sonore, et le fond. L’introduction seule illustre parfaitement cette volonté en modulant la luminosité de l’image selon le volume de la musique.
Une ouverture qui est également pensée comme des retrouvailles, celle d’un réalisateur avec son public après 9 ans d’absence, et celle du Cinéma avec la salle.
Alors, comme nous le demande l’équipe du film après s’être passé le flambeau en interne, du maestro aux acteurs en passant par les musiciens : So, may we start ?

Une question qui introduit efficacement l’univers d’Annette et donne la ligne directrice du long-métrage, son impulsion vivante. De fait, le découpage de l’œuvre en chapitres bien distincts, marqués par les changements de décors et de chansons, nous ferait presque plus penser à l’adaptation cinématographique d’une comédie musicale ou d’une pièce de théâtre qu’à une création originale.
Certaines scènes traînent ainsi un peu en longueur, mais le film réussit à nous tenir en haleine pendant 2h20 par l’envie de passer à la suivante et de voir l’évolution de l’histoire.

Au-delà de ses propositions esthétiques très réfléchies, alliant les technologies de différentes époques et un travail du cadre exceptionnel, ce sont bien les chansons des Sparks qui constituent la colonne vertébrale du récit. Tantôt dissonante, harmonieuse, salvatrice ou envahissante, la musique ne cherche pas nécessairement à nous être agréable, mais plutôt à insuffler une ambiance et à apporter un niveau de lecture complémentaire à l’image, comme pour souligner l’absence de fondement d’une relation ou extérioriser des émotions trop intenses pour les mots. 

Et sur le fond, Leos Carax a définitivement beaucoup de chose à raconter, à imager, à chanter, que ce soit sur l’amour, les comportements toxiques, le rapport à la célébrité, à la parentalité et à l’exploitation des enfants. Ce dernier est peut-être le plus ouvertement signifié par le choix d’incarner la petite Annette par une marionnette, que d’aucuns trouveront très creepy (moi la première), comme si Chucky débarquait dans La La Land, mais qui provoque un malaise qui n’a rien d’innocent et transmet par l’animation des yeux une tristesse qu’il aurait été impossible d’exiger d’une enfant aussi jeune.

Ce domaine est celui des acteurs adultes, et ceux-ci s’en sortent merveilleusement bien, à commencer par Adam Driver qui est tout simplement monstrueux ! Malheureusement, il n’y a pas grand-chose à dire du travail de Marion Cotillard qui, sans être mauvaise, ne livre pas vraiment une prestation marquante. La surprise vient plutôt de Simon Helberg (oui oui, Howard de The Bing Bang Theory) qui donne une mesure méconnue à son talent, notamment dans une scène d’orchestration sublime.

Tout dans Annette surprend on se surprend soi-même à y repenser plusieurs jours après avoir découvert le film car sa richesse est incroyable et ses moments de poésie aussi entêtants que sa conclusion plus « réaliste » est bouleversante. Un long-métrage qu’il est pour une fois possible de juger à sa couverture, car il tient toutes les promesses de sa superbe affiche.


Réalisé par Leos Carax
Avec Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg etc.
France, Allemagne, Belgique – Comédie musicale, Drame
Sortie en salle : 7 juillet 2021
Durée : 2h 20min