Cruella

Sympathy For The Devil

Kezako ?

Londres, années 70. Escroc pleine de talent, Estella est résolue à se faire un nom dans le milieu de la mode. Elle se lie d’amitié avec deux jeunes vauriens et mène avec eux une existence criminelle dans les rues de Londres. Un jour, ses créations se font remarquer par la baronne von Hellman, une grande figure de la mode, terriblement chic et horriblement snob.

La critique d’Eugénie – 6/10

Je n’ai jamais caché le profond dégoût que m’inspirent la plupart des remakes et prequels made in Disney et par extension, cette tendance autour des orgin stories des méchants du cinéma. Car mis à part Joker, les Venom, Maléfique et autres Suicide Squad, en plus d’être d’innommables étrons, sont tous de gros majeurs bien tendus à leurs sources, incapables d’en assumer la méchanceté.
Un comble pour des personnages devenus cultes justement à cause de leur manichéisme primaire (mais pas nécessairement idiot) qui en font des antagonistes excessifs et de fait, jouissifs. Une méchanceté que même les majors du cinéma semblent craindre tant ils cherchent à « gentifier » ces rôles, simplement parce qu’un film avec un protagoniste véritablement immoral n’est pas tout public et rapporte donc moins de pognon (#fucklesystèmewesh) ! 

Ainsi, ces prequels ne se penchent jamais vraiment sur les origines du mal et se contentent d’explications simplistes dignes d’un enfant de 4 ans : « Bah machin il/elle a été méchant avec Personnage donc bah Personnage il/elle est devenu méchant avec tout le monde » ! Merci Freud !
Alors est-ce que ce Cruella propose une histoire crédible pour expliquer comment une orpheline des rues de Londres qui rêve de devenir styliste en viendra un jour à vouloir écorcher 99 bébés dalmatiens pour se faire un manteau ? Ahah ! Non.

Et pourtant, je me suis surprise à passer un bon moment en salle, car ce Cruella est très divertissant pour peu qu’on laisse de côté sa fonction d’origin story.

Craig Gillespie signe un long-métrage qui a de la personnalité, dynamique malgré ses longueurs, piochant dans la culture punk pour se donner du punch sur fond d’une playlist percutante, à défaut d’être originale. L’enrobage esthétique fonctionne lui aussi plutôt bien, à l’exception des effets spéciaux datés, tout droit revenus du pire des années 2000 (surtout les chiens).
Multipliant les références au Diable s’habille en Prada, l’intrigue rattachée au milieu de la mode est indéniablement la plus réussie, tant grâce à son défilé de somptueux costumes, qu’à ses personnages principaux hauts en couleur.
Caricaturales à souhait, Emma Stone et Emma Thompson prennent visiblement beaucoup de plaisir à jouer les mean girls et nous le font partager à travers l’écran. Quant aux rôles secondaires, ils se révèlent étonnamment attachants si on oublie leur fonction dans le dessin animé.

Mais voilà, on en revient toujours au nœud de la discorde : ce rôle de prequel censé faire le pont avec Les 101 Dalmatiens. Ici, l’erreur est aussi stratégique, car le long-métrage se serait épargné bon nombre d’incohérences avec sa suite s’il s’était présenté plutôt comme une relecture de l’histoire, un peu sur le même modèle que cette horreur de Maléfique (j’abhorre ce film).

Alors qu’il sait être plaisant dans toutes ses superficialités, le film tombe dans la bêtise dès qu’il doit remplir son cahier des charges d’origin story et en devient même ridicule quand il ose se prétendre subversif. Car bien entendu, cette Cruella est à nouveau plus vilaine que méchante, le scénario se détournant de sa propre piste du dédoublement de personnalité pour reléguer la sociopathe iconique de Disney à un rôle qu’endosserait le personnage d’Estella (même si on veut nous faire croire le contraire). Un choix d’autant plus crispant que le film posait les bases d’un conflit psychologique intéressant, mais pêche par manque d’audace.
Ainsi, il échoue à trouver un équilibre dans les relations entre ses personnages, jouant efficacement l’ambiguïté dans ses séquences légères pour mieux plonger dans un manichéisme idiot dès qu’il se prend au sérieux, doublé d’un message douteux sur les « justifications » de la méchanceté – mais on ne peut pas en dire plus sans spoiler. Car au final, oui, ce film possède une vraie Cruella… Ce n’est simplement pas la bonne.

Plus frustrant que mauvais, Cruella avait le potentiel d’être non seulement un bon remake mais aussi un bon film… Le contrat n’est pas vraiment rempli mais comme le personnage le fait justement remarquer, cette Cruella est encore jeune et sa folie à ses balbutiements. Alors pourquoi ne pas simplement profiter d’un bon moment en salle !

La critique de Marcellin – 4/10

Ah Cruella ! Je ne peux pas citer icone badass plus marquante dans ma vie de spectatrice de Disney. Elle m’a tant émerveillé par sa cruauté innée, son sens de l’esthétique et par ses cheveux bicolores. C’était donc avec la plus grande hâte que je découvrais l’existence d’un film dédié à son personnage. Voir porté à l’écran les origines d’un tel monument était pour moi promesse d’un immense plaisir. 
Et pourtant, installé dans mon fauteuil rouge pop-corn à la main, j’ai passé deux bonnes heures un peu laborieuses. 
Commençons par le choix du casting. 
Emma Stone est plutôt convaincante dans cette Cruella version 70’s car elle reste une très bonne actrice. Mais comment passer après Glenn Close ?  Impossible tant le rôle est instable. 
C’est bien là où les versions « nice guy » des méchants Disney ont leurs limites. On cherche tellement à creuser les origines de ces derniers et à justifier leur vilainerie que cela enlève absolument tout le charme initial.
Ici par exemple, il a encore fallu coller une justification sur le dos d’un personnage ambitieux qui se contentait jusque-là du mythe qu’il avait su créer. 
Ne parlons même pas du manque cruel de synergie avec les autres personnages !
La Baronne incarnée par Emma Thomson n’est qu’une pâle copie d’une certaine Miranda Priestly, comme si chaque prêtresse de la mode se contentait d’être une garce. Quant à la présence des acolytes de dame De Vil, dépourvue de l’absurdité des premiers films, perd tout son sens.J’ai un puissant sentiment d’incohérence sortie de ce film et aucun aspect marquant n’a permis de me convaincre. Je me suis littéralement ennuyé.

Car parlons-en, de la lenteur de ce film ! 

En plus d’octroyer du temps à des scènes inutiles, l’œuvre ne propose aucun vrai climax qui nous aurait fait passer ces deux heures de film.

Je dois dire que deux choses m’ont fait (un peu) apprécier ce moment : la musique et la mode. Une vraie palette de sons 70’s a été proposée et nous embarque dans un voyage dans le temps ! Elle accompagne des scènes de guerre de styles vraiment géniaux qui valent le coup d’être appréciés. Sur ce point, je ne peux pas dire que je sois déçu. Cette Cruella, queen de la mode version Sex Pistols est vraiment irrésistible !

Passant ces deux aspects méritants, ma déception reste vivace. La volonté de la franchise de vouloir expliquer les origines du vice me conforte dans l’idée qu’on cherche à nous empêcher d’apprécier un personnage pour son caractère profondément « vilain ». L’incroyable Maléfique avait déjà fait les frais de cette rédemption forcée.

Et les paillettes Disney feront à l’avenir, encore quelques victimes…


Réalisé par Craig Gillespie
Avec Emma Stone, Emma Thompson, Joel Fry…
USA – Comédie dramatique
Sortie en salle : 23 juin 2021
Durée : 2h 14min