Star Wars IX – Ascension de Skywalker ou échec d’une postologie ?

Star Tours

Kezako ?

Environ un an après la mort de Luke Skywalker, la Résistance tente de survivre face au Premier Ordre, désormais mené par un nouveau Suprême Leader, Kylo Ren. Une rumeur agite cependant toute la galaxie : l’Empereur Palpatine serait de retour ! Tandis que Rey s’entraîne sous la houlette de la Générale Leia Organa, Kylo Ren cherche à défier Palpatine, qu’il considère comme une menace à son pouvoir.

La critique d’Eugénie – 4/10

L’épopée des Skywalker dans Star Wars s’achève avec un épilogue qui ne manquera pas une fois encore de diviser les fans. Le problème étant que, dans le cadre de la saga et notamment de cette dernière trilogie, il est impossible de juger cet épisode sans prendre en compte les numéros 7 et 8, car toutes les erreurs de cet ultime opus sont liées aux propositions déjà bancales (et contradictoires) de deux précédents. Alors que ceux qui n’ont pas encore vu le film, et qui souhaitent en conserver les surprises, passent leur chemin… parce que ça va méchamment spoiler !  

Cette conclusion est à l’image de toute la postologie : un projet dénué de direction artistique et scénaristique qui n’a eu de cesse d’être maltraité par les pontes capitalistes de chez Disney. La firme s’est empressée d’annoncer une nouvelle série de longs-métrages pour justifier son rachat de Lucasfilm, commentant dès lors sa première grosse erreur stratégique en jetant aux oubliettes tout l’univers étendu, très apprécié des fans, pour tenter d’imposer sa propre mythologie. Exit donc la fratrie des Solo (composé des jumeaux Jacen et Jaina et du petit Anakin) et le fils de Luke (Ben Skywalker), on efface tout et on recommence… mais pour aller où ?! Au crépuscule de la saga, il paraît plus évident que jamais qu’elle n’avait pas été réfléchie comme telle en amont ! Mickey est passé du côté obscur ! Sans anticipation ni cohérence d’ensemble, la postologie peut se résumer à une guéguerre de réalisateurs qui n’ont cessé de se faire des doigts d’honneur par écran interposé.

Ainsi, J.J. Abrams proposait avec Le Réveil de la Force un plagiat assez honteux de l’épisode 4, sous couvert d’hommage et d’ode à la nostalgie (à ce compte-là je veux bien écrire une saga de livre sur un sorcier du nom de Larry Hotter moi !) et qui prenait déjà des libertés problématiques avec l’univers, notamment en gavant la Force (et Rey) de stéroïdes.
L’épisode 8, Les Derniers Jedis, a violemment divisé les fans. Déséquilibré, d’une lenteur à la frontière de l’ennui par instants et maladroit dans certains choix scénaristiques (la mort prématurée de Snoke entre autres), il reste probablement le plus courageux de cette dernière trilogie. L’appréciation reste certes subjective mais il faut rendre à Ryan Johnson ses mérites : il a pris des risques ! En dehors de proposer le volet le plus abouti visuellement de toute la saga (paye ta photographie), il est le seul à avoir tenté de réinventer la franchise, tant dans son esthétisme que ses thématiques. Mais la tradition a eu raison de l’innovation et Mickey paniqué a préféré rappeler Abrams pour la conclusion.
Et c’est sur les cadavres encore fumants du Disney Star Wars Universe que notre yes man du jour a dû se pencher pour tenter de proposer une fin acceptable à cet échec artistique. Mais pas question de prendre la suite de Johnson, ah ça non alors ! J.J. pas aimer le scénario de Ryan, tout pourri l’épisode 8, J.J. veut faire sa fin à lui donc aux chiottes l’épisode 8, NA ! Bon je schématique, mais cette impression de rétropédalage forcé ne nous lâche pas de tout le film et ruine une bonne partie de l’expérience.

Alors, sans autre forme d’excuse, désavouons toutes les propositions de copain Ryan. Bon déjà, Rey n’est pas la fille de personne, c’est une Palpatine (petite-fille) parce que le côté « démocratisation de la Force » c’est franchement un truc de démago ! Bon, en même temps, ils n’avaient qu’à pas lui filer les codes de triche de la Force dès l’épisode 7 s’ils ne voulaient pas que le public doute de l’origine de sa puissance !
Puis au diable la nouveauté, on va reprendre une structure qui marche. Donc dans la trilogie originale on avait l’Étoile Noire à détruire dans le premier opus, un interlude dans le suivant et l’Étoile de la Mort dans le final. Bah dans la postologie on va faire tout pareil ! Ça sera Starkiller à détruire, un autre interlude, et on finit avec une MEGA FLOTTE DE CROISEURS INTERSTELLAIRES DE LA MORT QUI PEUVENT TOUS DÉTRUIRE DES PLANÈTES (qui a dit surenchère ?) ! Puis nota bene à l’intention de l’Empire/Premier Ordre : faut vraiment revoir vos protocoles de sécurité les gars ! Nan parce que le principe du mcguffin tout con à faire sauter pour gagner ça commence à se voir.

Le film ne cesse d’accumuler les errances et les incohérences scénaristiques, prisonnier des vestiges des numéros 7 et 8 et de contraintes plus techniques. Ainsi, l’intrigue articulée autour de Leia est maladroite, le réalisateur ayant choisi d’utiliser le peu de plans qu’avait déjà tourné la regrettée Carrie Fisher plutôt que d’en rajouter en CGI. L’hommage est certes beau, mais le film en souffre. Le long-métrage accuse ainsi une première moitié assez poussive, qui peine à instaurer une tension, à tel point qu’il se voit forcé de faire ce qui aurait dû être l’une de ses grandes révélations dans le prologue déroulant : Les morts parlent, Palpatine est de retour !
Bon déjà, quand une saga est obligée de ressusciter son grand méchant faute d’enjeux et d’antagonistes intéressants, bah ça pue des pieds… Bingo ! Les explications sont capillotractées et les inepties s’accumulent… Elles étaient où avant les groupies de l’Empereur qui le regardent crever pépouzes ? Et WTF avec la Force, c’est pas Harry Potter ici ! Une dyade ?! Mais d’où ça sort ça ? Puis tant qu’à faire, on rejoue une fois encore la carte du plagiat, cette fois-ci de l’épisode 6 : le héros en proie à la tentation du côté obscur assiste impuissant à la destruction de la flotte rebelle et à la mort héroïque d’un ancien ennemi !
Alors, n’ôtons pas toutes les qualités de ce final, le dernier arc du film (come back to Endor !) offre de très belles scènes d’action et donne la mesure du grand spectacle, mais il vient également amoindrir le message du Retour du Jedi et le sacrifice/rédemption de Vador/Anakin. La prophétie de l’élu était donc bel et bien incomplète puisque le premier des Skywalker aura au final « rétabli l’équilibre dans la Force mais genre pour un temps seulement hein, avant qu’un autre ne vienne VRAIMENT rétablir l’équilibre » (c’est moins classe tout de suite).
Malgré quelques pertes prévisibles, cette conclusion manque également de conséquences dramatiques puisque même la mémoire de C3PO y aura survécu. Le seul moment d’émotion du film aura donc été la réaction de Chewbacca à la mort de Leia… un peu light pour un épilogue.

Côté développements de personnages, on n’est pas vraiment mieux servi. Toujours soucieux de cracher sur le matériel de Ryan Johnson, J.J. Abrams occulte complétement le personnage de Rose pour mieux introduire quelques éléments secondaires franchement dispensables (sauf Babu Frik ), quand le personnage de Finn peine à trouver une place autre que le petit toutou obéissant de Rey. Un beau gâchis pour le déserteur stormtrooper. À la place, le réalisateur tente de ressortir le joker « nostalgie », parfois bien dosé quand il se retrouve dans les décors et les costumes des extraterrestres, délicieusement rétro, et parfois complètement à côté de la plaque quand il ramène un personnage sans raison et sans place narrative. Merci Lando Calrissian d’être passé faire coucou pour le fan service, mais si c’est juste pour faire la promo de ta série, ça n’était pas nécessaire.

Seul développement intéressant, la relation entre Kylo Ren et Rey reste la mieux construite de la postologie, le jeune Ben Solo s’offrant même une belle progression de personnage, passant du gamin tête à claques du septième opus à un antagoniste enfin plus profond. Bon par contre pour les Chevaliers de Ren, on reste dans le domaine de la blague – ou de l’arnaque, ça dépend des points de vue.

Star Wars: The Rise of Skywalker est de toute évidence un film qui convaincra moins par la construction de son scénario que par son ambition spectaculaire et il comporte en ce sens de bons arguments même si l’ensemble est moins soigné que l’épisode 8. Par instants, le film semble presque avoir été pensé pour mieux s’adapter à l’attraction Star Tours de Disneyland. À l’image du Faucon Millenium faisant des « ricochets » dans l’hyperespace, le long métrage passe d’une planète à l’autre avec une frénésie déconcertante. Plus aucun temps n’est consacré au voyage et si peu aux lieux quand ils ne sont pas les théâtres d’une bataille, à l’exception d’un détour par le festival Burning Man.

Mickey se l’est joué Picsou, il a vu une trop belle occasion de se faire une grosse masse de billets tout en renforçant un peu plus son emprise sur le domaine de l’Entertainment (ouais, en fait Palpatine est une souris) et a hâté les productions de projets ô combien houleux (Rogue One, Solo etc.) tout en se contentant de rafistolage d’un film à l’autre au gré des critiques des fans. Résultat ? Rarement saga aura eu un tel gout d’opportunisme !


Réalisé par J.J. Abrams
Avec Daisy Ridley, Adam Driver, Oscar Isaac, John Boyega etc.
USA – Science-fiction
Sortie en salle : 18 décembre 2019
Durée : 2h 22 min