Pourquoi la saison 7 a (presque) tué Game of Thrones !

La saison 8 de Game of Thrones est sans aucun doute la plus attendue de toute l’histoire des séries. Les images teasées au compte-gouttes depuis le début de l’année enflamment la toile à chaque apparition et font battre (trop ?) fort mon petit cœur de fan. Et pourtant, jamais la fin d’une série ne m’a autant fait peur… Peur parce que même si j’attends une conclusion incroyable, nous ne sommes pas à l’abri d’un gros étron qui viendrait éclabousser, non pas seulement le final, mais l’ensemble du récit. Une peur qui, comme l’hiver, a mis quelques années pour s’installer avant de se concrétiser en saison 7. Si à la découverte de celle-ci, certaines scènes m’avaient scotchée à mon siège par leur souffle épique, elles me laissaient déjà un petit goût amer et une sensation de démangeaison dans la tête que je n’avais pas vraiment envie de creuser… Mais avec le recul, ma bouche s’est remplie de cendres et la démangeaison est devenue une véritable grisécaille qui me ronge de doutes et de déceptions. La saison 7 a fait beaucoup de mal à Game of Thrones et, à l’aube de son épilogue, il est temps de se l’avouer !
Ah et au fait : ATTENTION SPOILER !!!

An epic game

Fondamentalement révolutionnaire dans son approche de ce que doit être une série, Game of Thrones a brisé toutes les barrières du genre ! Adaptée de l’oeuvre de G. R. R. Martin, A song of Ice and Fire, la saga était réputée encore plus inadaptable que le Seigneur des Anneaux en son temps, du fait de son nombre hallucinant de personnages et d’intrigues. C’était sans compter sur David Benioff et D. B. Weiss qui, malgré un premier pilote catastrophique, ont relevé après brio ce pari fou… du moins en partie.
La série a en effet dépassé les livres depuis deux saisons (bientôt 3) et semble avoir bien plus de difficulté à maintenir le cap depuis qu’elle en est libérés.
Il n’est pas question ici de faire un procès d’intention à l’encontre des choix d’adaptations sur fond de « les livres sont mieux » (cela dit c’est vrai). Le succès des premières saisons réside aussi dans les changements qu’elles ont su prendre pour enrichir ou simplifier le récit. Sansa, Arya, Jon, Robb et Theon ont tous bénéficié d’un traitement intelligent et occasionnellement, meilleur que dans les romans. Game of Thrones a su concilier les attentes des lecteurs avec celles d’un public plus large, et en tant que lectrice, elle ne m’a presque jamais déçue. La mort de Ned Stark, le Red Wedding, le Purple Wedding, le duel Oberyn/la Montagne et même la théorie R+L=J… bien que connaissant déjà les grands tournants de l’histoire, la série a toujours su me surprendre pas ses choix, son interprétation ou sa mise en scène. Alors comment se fait-il que le show soit passé en si peu de temps d’une histoire connue mais toujours surprenante, à un conte nouveau mais monstrueusement prévisible ?

Worry is coming !

Déjà, la saison 6 payait quelques choix douteux. De la résurrection bâclée de Jon Snow au sauvetage in extremis (et déjà-vu) de l’armée Arryn, lors de la bataille des bâtards, en passant par l’exécution de Rickon (faute de savoir l’employer), tout ça sentait un peu le manque d’inspiration.
De même, si le dernier épisode livrait l’une des scènes les plus mémorables de la série – la destruction du sanctuaire de Baelor, portée par le sublime morceau Light of the Seven de Ramin Djawadi – elle exterminait surtout d’un coup d’un seul la moitié du casting de Port-Réal. La portée dramatique semblait certes excellente sur le moment, mais a posteriori, on finit par se demander si ce n’était pas surtout pour les scénaristes une occasion de se débarrasser d’un trop-plein de personnages qu’ils ne savaient plus comment gérer… Honnêtement, allez donc me dire que Margaery n’avait plus rien à offrir à la série ?
Mais le plus marquant, pour la majorité des spectateurs, reste sans doute les téléportations de Varys en fin d’épisode. Pourtant, elles tenaient plus (à l’époque) d’une erreur de montage que d’écriture. C’est pourquoi Olenna Tyrell semble avoir appris la mort de sa famille et eu le temps d’effectuer le trajet Haujardin-Lancelion (Dorne) avant même le retour de Jaime dans la capitale encore fumante des folies de sa sœur pour assister au couronnement de cette dernière. Les scènes auraient eu plus de sens si elles avaient été simplement inversées.

L’échelle du chaos

Toutes ses petites facilités, ponctuelles en saison 6, sont malheureusement devenues légion dans la 7. Celle-ci s’est vu réduite à seulement sept épisodes de cinquante minutes au détriment de sa consistance. Résultat : la cohérence est sacrifiée sur l’autel du spectaculaire ! De fait certaines scènes sont visuellement bluffantes, mais Game of Thrones n’a jamais été qu’une série de bastons et dragons qui en met plein la rétine. L’épique était à l’origine un élément au milieu d’intrigues principalement politiques ! Si certains épisodes pouvaient paraître un peu longs dans les saisons précédentes, ils étaient malheureusement indispensables à l’élaboration des différentes storylines et donc, à l’unité d’ensemble. C’est par ce travail du détail que la série et les romans ont pu continuer à surprendre et à choquer, mais en réduisant le nombre d’épisodes, les scénaristes ont du condenser toutes les intrigues en une saison elliptique qui perd presque toute sa dimension politique et son imprévisibilité.
À croire que les showrunners étaient en fait meilleurs interprètes qu’auteurs, ah moins que le tourbillon de la hype ne les ait emportés dans les bas fonds de ce qu’on appelle communément le « fan service »… Dépassés par leur propre oeuvre, leurs ambitions ou celles du public ? Nous ne ne savons pas. Mais ce qui est sûr, c’est que leurs derniers choix reflètent plus la facilité que la pertinence.

Ainsi, les deux dernières saisons ont vu la fin des maisons Tyrell, Frey, Martel – cela dit l’intrigue dornienne était sans conteste la plus charcutée par la série – et d’une partie des Lannister. Mais à quoi bon cette hécatombe si elle n’entraîne aucune réaction ? Qui a repris les rênes de Dorne et des Jumeaux ? Pourquoi personne ne s’offusque de ces massacres, paysans ou seigneurs ? Ces sacrifices s’apparentent bien plus à de la paresse qu’à une quelconque richesse scénaristique, les intrigues sont simplement bazardées sans aucune forme de conclusion ni égards pour les personnages, le récit et les spectateurs !

Car la nuit est sombre
et pleine d’erreurs !

C’est l’écueil de bon nombre de séries dès qu’elles commencent à prendre de l’âge. Entre radotage excessif et mémoire défaillante, il arrive qu’elles misent aussi sur la non-attention de leur audience pour transgresser ses propres règles et s’arranger de l’histoire. Ainsi, le premier épisode donnait une donnée géographique essentielle pour prendre la mesure de son univers : il faut un bon mois entier pour aller de Port-Réal à Winterfell ! Car Westeros n’est pas un pays, c’est un p***** de continent !

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Cette géographie complexe et dense a nourri les intrigues pendant plusieurs années, permettant l’évolution des personnages lors de voyages longs et dangereux, même au prix d’une certaine lenteur (cf. les pérégrinations de Jaime, Brienne et Arya dans le Conflant).
Mais cette continuité se fait sauvagement piétiner par une horde de dothrakis en saison 7. Entre les allers-retours entre Hautjardin, Pereydragon, Port-Réal, Winterfell et le Mur, on compte plus de téléportations que dans Doctor Who !
Le sabotage de la temporalité apparaît comme symptomatique de la déconstruction irrationnelle de la série.  Après avoir pris son temps pour nous amener là où elle voulait, la voilà qui tente un sprint final sans échauffement (ou une sodomie sans lubrifiant, je vous laisse choisir l’analogie qui vous parle le plus). La réduction du nombre épisodes apparaît alors comme une grave erreur tactique car la saison se retrouve amputée des transitions essentielles à son fonctionnement. Du temps qui aurait pu être mis à profit pour redécouper l’action, développer les intrigues secondaires et politiques, soigner les raccords et intégrer des scènes de voyages enrichies de dialogues pour la mother fucking crédibilité de l’espace-temps !

Shame… shame… shame…

Mais si quelques épisodes supplémentaires auraient pu optimiser un montage plus cohérent, on est encore loin de résoudre tous les problèmes de la saison ! Alors entre autres bavures et bêtises, voici un petit florilège des PIRES erreurs de la saison 7 de Game of Thrones :

Dans la catégorie « Les intrigues de l’inutile ! »
– L’aller-retour de Lord Friendzone chez docteur Sam pour se faire soigner son eczéma en deux – deux… et c’est tout !
– La totalité de l’histoire de Sam à Villevieille qui ne sert à rien, si ce n’est ramener une info à Bran en toute fin de saison. La subtilité pour les nuls…
– Gendry, ou le retour bâclé d’un personnage très attendu !
– Les Sand Snakes en général (bon débarras).
– La Fraternité sans Bannière qu’on sait pas trop à quoi qu’elle sert.

Dans la catégorie « Cohérence ? Kékécé ? »
– La Banque de Fer de Braavos en mode « motherlode » qui file des (sim)flouzs à Cercei après des années à réclamer sa tune à la couronne. Puis là on a un gros majeur tendu aux bouquins, car pour info, Bravoos a été fondé par d’anciens esclaves et part régulièrement en guerre contre les cités esclavagistes (donc Cersei ton argumentation tu peux te la mettre où je pense) !
– L’éradication des maisons Martell, Tyrell, Tarly, Frey et Bolton (entre autres) dont tout le monde se fout !
– La population de Port-Réal toute jolie, toute gentille, qui n’a rien à dire après l’attentat commis par leur (super) reine.
– Tous les trajets bordel de dieux !
– Ah et aussi une armée de dothrakis qui traverse Westeros d’ouest en est posayyy sans jamais se faire repérer !

Dans la catégorie « Mind fuck de l’extrême ! »
– Le gâchis MONUMENTAL de Littlefinger dans une intrigue toute pétée, comme sa mort ! Quelle déception pour le plus gros enculé manipulateur de la série, responsable de la plupart des conflits de Westeros  !
– Isaac Hempstead-Wright (Bran) qui joue l’indifférence comme un hibou neurasthénique.
– Jaime qui n’a rien à dire sur sa « Mad Queen » de sœur et la mort de son dernier fils/neveu.
– Quand on parle du manchot, il sait aussi nager avec une armure de 25 kilos (à mettre sur ton CV gros) !
– Tyrion qui passe clairement pour un idiot incompétent.
– La romance entre Daenerys et Jon qui pue le soap-opéra bidon (#inceste #beurk) !
– Le p***** de teaser gros comme un château d’un possible gamin entre neveu et tata !

Et un spécial Prix du jury pour l’épisode 6 !
– Le titre avec spoiler intégré « Beyond the wall » – nan sérieux, c’est le stagiaire qui l’a trouvé celui-là ?
– Puis qu’on se le dise, aller chercher un mort de l’autre côté du mur c’était une (grosse) idée de merde – merci Tyrion !
– Donc les sept mercenaires s’en vont en quête d’un cadavre au-delà du mur, mais quand le figurant n°4 se fait buter par un ours mort-vivant, ils pensent à brûler le corps… POUR ÉVITER QU’IL NE SE RÉVEILLE ?!! Faut croire que ligoter le corps et attendre qu’il devienne un zombie s’était trop compliqué !
– Cours Gendry ! Cours ! (avec option GPS intégré bien entendu)
– Sandor Clegane qui s’entraîne au ricochet sur un lac gelé. Bravo le veau !
– Le corbeau à propulsion supersonique qui te fait le voyage du Mur à Dragonstone en 2 minutes !
– Drogon Airlines, tout aussi rapide, le confort en plus ! (message sponsorisé)
– La mort et la résurrection de Viserion, du lancer de javelot à l’apparition des chaines… puis si les morts ne vont pas dans l’eau, comment ont-ils pu les accrocher ces chaînes ?
– Benjen deux ex machina Stark qui revient le temps d’une scène pour claquer.

A dream of Spring

La saison 7 a été la saison de la facilité, de la prévisibilité et de la bêtise ! Elle a insufflé à une série intense et complexe le souffle fétide d’un mauvais blockbuster. Et pourtant à l’approche de la dernière saison, je me prends à espérer ! Espérer car les showrunners semblent avoir pris conscience de leurs erreurs dans les récentes interviews. Espérer parce que les images des trailers sont folles. Espérer parce qu’il serait criminel de rater la fin d’une série aussi importante à l’échelle de l’histoire de la télévision ! Puis je ne sais pas si Martin finira un jour ses bouquins donc faut faire avec ce qu’on a sous la main, enfin les yeux…
Dans tous les cas, on se donne rendez-vous le 15 avril prochain pour débriefer le premier épisode de la dernière saison !

Par contre, je vous jure que s’ils nous pondent un moutard consanguin entre Jon et Daenerys, je fais un Cercei breakdown (je crame tout en bref) ! Allez, bisous !

par Eugénie

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